Le Angus Ground

Tout à débuté avec cette photo…

Un jour, en feuilletant le livre de Gatéan Nadeau : « Angus, du grand capital à l’économie social« , je suis tombé tout bonnement sur cette photo du stade du club du C.P.R.A.A.A. (Canadian Pacific Railway Angus Athletic Association)

 

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Quoi!?! Un stade de foot dans mon quartier, un vrai aux airs résolument british.   Regardez-ces estrades recouvertes d’un toît tenu par des poutres de bois, et ce drapeau de l’Union Jack flottant au vent au centre de la tribune.  Je dois rêver?  Mais Bon Dieu, où est-il passer?  Sinon, où était-il?

Bon, c’est certain qu’on est très loin des oeuvres d’Archibald Leitch, ce célèbre architecte et ingénieur écossais à l’origine des plus beaux stades typiquement anglais de la même époque, dont : Stamford Bridge, Old Trafford, Anfield, Craven Cottage et le Villa Park, pour ne nommer que ceux là.

img017-copieMais tout de même, je trouve qu’il avait fière allure ce stade.

Mais où était-il situé? Ah! pour cela, j’ai dû cherché et chercher.  Un jour, j’ai trouvé cette photo du bâtiment du « General Office« , immeuble toujours existant du site des shops Angus.  La qualité de la photo mise dans le présent texte ne permet pas de l’apercevoir, mais du côté droit de la photo, en angrandissant l’image, nous pouvons voir ceci:

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Nous distinguons clairement le stade avec les écritaux du club au-dessus de la tribune. Une clôture de bois semble délimiter le terrain comme il en était l’usage et la règle à l’époque de la Montreal League de la P.Q.F.A

De cette perspective, je pouvais aisément concevoir que le stade et son terrain donnait sur la rue Rachel, à l’époque, nommé rue Nolan.
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Des recherches approfondies m’ont permis de trouver un plan aérien du secteur des ateliers Angus vers 1920.  Sur ce plan, nous voyons l’immeuble de la « General Office » dans le coin inférieur gauche.  Nous pouvons également voir le tracé des rues et ce dire que le terrain débutait à l’ouest, à la rue Davidson et que le centre de la tribune faisait face à la rue Aylwin.

À l’ntersection des rues Nolan et Davidson, nous distinguons également un bâtiment de bonne dimension.  Il s’agissait de la succursale de la Banque de Montréal, construite vers 1905-1906.

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Emplacement du « Angus Ground » selon une reconstitution presque fidèle du plan d’assurance incendie de 1924 « MTL Insurance plan VOL. VI »

 

Dès la fondation du club, l’entreprise ferroviaire développa des installations sportives décrites par son président comme étant: « one of the most up-to-date grounds in Canada. » en défrichant et nivelant ce terrain situé au nord de la rue Nolan (Rachel).  Outre le stade d’une dimension de 80 mètres de large par 10 mètres de profond et contenant une tribune couverte pouvant contenir +-1500 personnes et des vestiaires pour les joueurs, le terrain de 200m (220 yds) comprenait également une piste d’athlétisme de 400m. (440 yds).

Voici une image vers 1910-1911 du terrain sportif:

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Le « Angus Ground » fût l’hôte de plusieurs grands matchs.

Une foule record de 4000 sectateurs se présenta au stade le 3 juillet 1920 pour un match  de derby entre les tenants du titre, le Grand Trunk Railway (Grand Tronc), et le club local du C.P.R. Sur le  plan des affaires et sur le terrain sportif, ces deux compagnies ferroviares étaient de féroces adversaires. Il faut s’imaginer tous ces spectateurs venant du sud de la ville, emprunter le tramway de la rue Ontario puis prendre la ligne 87 remontant la rue Davidson jusqu’au stade des shops, rue Nolan, afin d’assister au match de l’année.   Comme prévue, le match se disputa âprement. Il se termina par une victoire des locaux par la marque de 3-1 contre la puissante équipe du « Grand Trunk » de Pointe-St-Charles.  Le club du Grand Tronc pris le nom de C.N.R avant le début du championnat de 1924, après l’annexion de la compagnie en faillite avec celle des chemins de fer nationaux du Canada en 1923. (devenant C.N.R)

 

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Au fil des différentes saisons en championnat et en coupe, les clubs visiteurs furent nombreux à visiter le Angus Ground. Que ce soit: Sons of England FC, Valleyfield, G.T.R Citadel, Fairmount FC, Royal Rovers, Sons of Scotland, Canadian Vickers, Verdun, Beloeil, Rosemount, Nomads, Lachine, National Breweries, St-Paul Town, Calvin, Woodland Park, M.A.A.A, Canadian Explosives, Shamrocks, Carsteel… La liste est encore bien longue de tous ces clubs à consonnance britannique qui ont tentés de ravir la victoire aux glorieux footballeurs du C.P.R.

Pour une raison qui m’est inconnue, ce stade fût également la pelouse locale du club ennemi  de toujours qu’était le C.N.R. En effet, le club qui disposait pourtant d’une enceinte renommée (l’Alexandra Park à Pointe-St-Charles), joua la majorité de ces matchs à domicile dans Angus lors de la saison 1931.

De plus, de nombreux matchs à saveur international se joua au stade de la rue Nolan.  Ainsi, comme le démontre cette affiche, le 4 juin 1921, une sélection de joueurs locaux anglais affronta un onze composé d’irlandais.  Ces matchs étaient toujours fort populaire parmis les immigrants d’origine britannique et résidents de Montréal.

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Malheureusement, le stade ferma ses portes en 1932 suite à la décision de suspendre les activités du club en championnat national. Le manque de travail et de support financier sur le site des shops Angus étaient les arguments avancés par le comité de football du club du C.P.R pour justifier cette décision.

Le  déménagement du club sportif (C.P.R.A.A.A.) dans son nouveau pavillon « clubhouse », construit à grand frais par le Canadien Pacifique, du 5300 11e ave, sur la limite nord des Shops  (aujourd’hui étant le boulevard St-Michel au nord de la rue Laurier), avait pourtant eu lieu l’année précédente. – Ceci fera l’objet d’un prochain article- REM

 

Malgré qu’il est fort boiteux d’y voir quelques liens possibles, il m’est pourtant difficile de ne pas faire un parallèle avec les débuts modestes mais combien prometteurs de tous ces clubs britanno-montréalais, et les fondements parfois similaires de certains clubs anglais  évoluant maintenant en Premier League. Avec un peu d’imagination, rêvez à ce que ces clubs, dont le puissant club de football du C.P.R., auraient pû devenir.

Quel gâchis, quelle tristesse…

 

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